13 octobre 2006
Parler malgache (ter)
Durant ce voyage, je me suis sentie plutôt comme "une touriste qui connaît beaucoup de choses sur le
pays" que malgache à part entière. Pourquoi ?
En famille, les cousins ont profité de
notre présence pour parler français et moi, j’ai eu un peu honte de baragouiner
le malgache en langage de bébé (Voir mon premier article sur "parler malgache"). En voyage, ne pas bien parler le malgache est un obstacle
lorsque l’on veut négocier un prix ou seulement se renseigner…C’est vrai que
mon oncle nous a beaucoup aidés pour ce genre de choses…
Autrement, on aurait eu droit à encore plus de regards de travers de la part des gens puisque j’ai l’apparence d’une malgache, mais pour certains, perdre l’usage de la langue fait que nous ne sommes plus considérés comme de véritables malgaches ! Mon cas a semblé étrange et incompréhensible pour certains. C’est une chose que je regrette…les remarques désagréables faites juste derrière mon dos, mais que j’ai parfaitement comprises, le mépris sans même me connaître… Parfois, l’étroitesse d’esprit me tue. De gens qui n’ont jamais eu la chance de sortir de chez eux. C’est de leur faute et pas de leur faute à la fois…
Il faut dire que l’on m’avait bien repérée, spécialement aux guichets des réserves naturelles, parce que je n’avais pas le bon accent lorsque j’essayais de bredouiller quelques mots… En gros, j’étais vue comme « une vazaha » avec seulement les papiers malgaches. Tout ça m’a affreusement gênée pour me réclamer de mes origines. Les gens sont plus tolérants à la limite avec un français qui essaie de baragouiner…Hé oui.
La technologie, les évolutions.
Ne sachant pas par où commencer le récit, et le temps ayant fait effet, je me suis décidée à écrire, mais pas forcément dans l’ordre chronologique, mais tout simplement au fil de mon inspiration, en dissociant les différentes étapes.
Tout d’abord, quelles évolutions technologiques ai-je remarquées depuis mon dernier séjour de 1999 ?
Le téléphone portable devient quand même une véritable obsession pour les gens là bas, l’objet avec lequel il faut « être vu » ou « se montrer ». N’importe quel prétexte futile peut servir au dégainage du mobile !! Certaines personnes possèdent même 2 puces à échanger pour mieux capter en fonction de l’endroit !!! Bref, il y a des vendeurs de recharges partout dans les villes et villages. Leur poste est souvent constitué d’une chaise et d’une table de fortune installés sous un parapluie faisant office de parasol, parfois sur le trottoir, ou bien en pleine rue, là où le plus de piétons ou de voitures sont susceptibles de s’arrêter. Les vendeurs vendent aussi du temps de communication en prêtant directement le mobile durant quelques minutes ! « Celtel », anciennement Madacom, et Orange sont les opérateurs de mobiles actuellement. Je ne me souviens plus de tarifs des recharges mais il paraît qu’il est moins cher d’appeler depuis un mobile que depuis un fixe ! Alors qu’en 1997, il n’était pas évident de posséder ne serait-ce qu’une ligne fixe chez soi…
Et puis internet. Il y a eu l’ apparition de cyber-cafés : une ouverture sur le monde. L’arnaque locale consiste à afficher « ADSL » alors que parfois, on n’arrive même pas à ouvrir Google ! C’est plutôt bon marché, on peut y accéder très facilement. Ce surtout des clients jeunes que nous avons croisés dans le cyber juste en bas de chez moi, à Behoririka. Mais rares sont les gens qui possèdent internet chez eux…Déjà, posséder un ordinateur personnel est quelquechose de peu courant pour la population générale… L’accès à internet est aussi une exception où seuls les bureaux de dirigeants en bénéficient.
On m’a demandé
plusieurs fois si j’avais remarqué des changements sur la capitale. Il faut
dire que les malgaches qui avaient eu l’occasion de retourner m’avaient parlé
de l’assainissement de
la ville, de la
place dégagée. Alors, voici ce que j'ai facilement remarqué.
Les
voies
rapides à plusieurs voies et éclairées et le by-pass entre la RN2
(est) et la RN7 (sud), aménagé pour dégorger la capitale de
l'encombrement des véhicules de transport et autres. L'apparition de
passages piétons et de feux. Mais tout cela n'empêche pas la pollution
atmosphérique abominable qui règne à Tanà, fruit de la combinaison de
moteurs d'anciennes voitures retapées et du carburant...contenant
toujours du plomb et d'autres cochonneries qui donnent aux gaz
d'échappement l'odeur infâme d'un poison pulmonaire et la couleur du
charbon.
L’apparition des produits chinois et des friperies qui permettent quand même à la population de se chausser et de s'habiller à moindres frais. Quant à la qualité...mais on n'en est pas encore là, la qualité est un besoin secondaire.
L'organisation de séances de cinéma de plein air devant la gare, et d'expos d’œuvres d’art sur la place de l'Indépendance, qui a été réaménagée et nettoyée.
Les petits supermarchés et les grandes surfaces. Quelle ne fut pas ma surprise en découvrant une grande surface identique à celles de France...Un Géant Score je crois. En un clin d'oeil, on passe de la pauvreté à la représentation de la société de consommation à l'occidentale. Une grande surface où les camemberts importés coûtent exactement 10 fois le prix pratiqué en France et où le kilo de crevettes congelées coûte 15 fois moins cher qu'un euro...La vérité vraie. Autour, le pire : des boutiques de galerie marchande ultra luxueuse, parfumerie, vente de sacs, de décorations de maisons... Comme au Printemps ou aux Galeries Lafayette !! Inutile de dire que ce genre de commerce est réservé aux richissimes ou aux expatriés... qui d'autre pourrait se permettre ? Et puis, on croise aussi des malgaches, se promenant dans la surface en poussant des caddies vides... C'est aussi pour se montrer, pour dire "ah, j'ai croisé Untel au Géant samedi dernier", pour montrer que c'est un endroit "qu'on peut se permettre" de fréquenter. C'est idiot, mais les gens comme ça existent, et en nombre !















